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"Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ!" Ephésiens 1:3

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16/08/2010 15:40

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16/08/2010 15:39

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29/07/2010 11:44

separator Gethsemane

Les disciplines de la vie spirituelle

« Exerce-toi à la piété ».
Pourquoi parler des disciplines de la vie spirituelle ?
a. Tout comme on ne devient pas un athlète accompli par magie, on ne devient pas un chrétien accompli par magie.
Nous ressemblons parfois à des sportifs du dimanche qui voudraient bien être capables de courir aussi vite que Ussain Bolt, nager comme Michael Phelps mais qui ne penseraient pas un seul instant à se mettre à s’entraîner régulièrement et sérieusement. Et même lorsque nous y pensons, nous en avons le désir, mais nous ne mettons rien en œuvre. C’est Thomas à Kempis, un mystique allemand du 15ème siècle qui a écrit dans son ouvrage L’imitation de Jésus-Christ, « sache bien que l'ennemi travaille avec sagesse pour conserver ton désir du bien mais te rendre vide de tout bon exercice ». Satan peut se réjouir lorsque nous avons simplement ce désir : « je voudrais faire le bien, je voudrais être un homme, une femme de foi etc. ». Il sait que la plupart des chrétiens se satisferont de ce pieux désir ! C’est Dallas Willard, dans son livre L’Esprit des disciplines qui écrit : « La faillite humaine courante est de vouloir ce qui est bien et important, mais en même temps de ne pas se consacrer au genre de vie qui produira l’action que nous savons être bonne et les conditions dont nous voulons jouir… Nous désirons ce qui est juste, mais nous évitons la vie qui rendrait cela une réalité ». Certains cherchent le produit dopant qui pourrait faire des miracles. D’une part cela n’existe pas dans la vie spirituelle. Et d’autre part, même ceux qui gagnent en se dopant ont généralement une assez bonne maîtrise de la discipline. Vous pouvez vous doper tant que nous voulez si vous ne travaillez pas dur, vous ne risquez pas de gagner une médaille d’or aux J.O. La grâce de Dieu n’est pas de la magie. C’est dans l’exercice de notre piété, dans les disciplines de la vie spirituelle, que nous préparons le terrain à l’œuvre de la grâce en nous et à travers nous.
b. Nous ne savons pas quand viendra l’épreuve.
Un des secrets des grands champions : ils sont prêts pour les grands rendez-vous. Presque n’importe quelle équipe de première division peut battre le Real Madrid, l’Inter de Milan, ou Manchester United. Mais si vous n’êtes pas un grand club, vous n’avez aucune chance de les battre lors d’une finale de coupe d’Europe. En réalité, nous avons une besoin urgent de redécouvrir et de pratiquer les disciplines de la vie spirituelle, non comme des œuvres pour mériter la grâce ou quoi que ce soit de semblable, mais comme le cadre ou nous accueillons l’œuvre de la grâce en nous. Pratiquer les disciplines de la vie spirituelle, c’est ouvrir la porte à l’œuvre de l’Esprit dans nos vies, c’est nous préparer à être capables de faire face à l’adversité le moment venu. Jésus disait à ses disciples : « veillez et priez afin de ne pas tomber en tentation. L’Esprit est bien disposé, mais la chair est faible ». Jésus savait que sans la prière vigilante avant la tentation, ses disciples seraient incapables de résister au moment de la tentation. Contrairement aux athlètes nous ne savons pas quel sera le moment de l’épreuve. Et même sans parler de grande épreuve, nous ne savons ce que chaque journée nous réserve.
Nous devons donc d’autant plus nous exercer à la piété. Dieu nous a donné les disciplines de la vie spirituelle comme un moyen de recevoir sa grâce. Les disciplines nous permettent de nous placer devant Dieu afin qu’il nous transforme. Elles nous placent là où il peut travailler en nous et nous transformer. Dallas Willard appelle cela la « grâce disciplinée » : c’est la grâce parce que c’est gratuit, elle est disciplinée car il y a quelque chose à faire. Jésus a dit à ses disciples qu’ils feraient les œuvres qu’ils l’ont vu faire et même de plus grandes encore. Mais cela implique que les disciples suivent Jésus et vivent une vie selon les mêmes principes que lui. Il s’agit pour nous, non pas de chercher à vivre au cas par cas selon ce que nous pouvons imaginer que Jésus ferait, mais d’adopter le style de vie qui a été le sien (par delà les différences culturelles entre le premier siècle en Palestine et le 21ème siècle européen, et au-delà de sa mission spécifique qui n’est pas la nôtre).
Jésus a vécu d’une certaine manière et c’est cette façon de vivre qui lui a donné cette intimité avec le Père. Croyons-nous que la vie de Jésus, son ministère public, aurait pu être ce qu’il a été si Jésus n’avait pas passé du temps à jeûner, à se mettre à l’écart dans des lieux déserts ou sur la montagne, à passer certaines nuits en prière et à méditer l’Ecriture ?
• Jésus a pratiqué ces disciplines : Croyons-nous vraiment que si Jésus a eu besoin de ces choses, nous pourrions nous, nous en passer ?
C’est ce géant de la théologie (qui était d’ailleurs tout aussi imposant semble-t-il physiquement !) Thomas d'Aquin qui, rendant visite au Pape le trouva occupé à compter ses trésors :
- Vous le voyez, dit le pontife au moine surpris, l'Eglise ne peut plus dire : je n'ai ni argent, ni or.- Cela est vrai, Saint Père, répondit Thomas, mais elle ne peut pas dire non plus : « Au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche ! »
Si nous n’entrons pas dans la voie tracée par Jésus, si nous n’adoptons pas la forme de vie que Jésus a vécue (et ses disciples avec lui), n’espérons pas vivre ce qu’il a promis à ses disciples.
Première discipline : la méditation de la Parole de Dieu.
2 Timothée 3,14 : « Tu connais les saintes Ecritures qui peuvent te rendre sage en vue du salut ».
Josué 1,8 : « Aie soin de répéter sans cesse les paroles de ce livre de la Loi, médite les jour et nuit afin d’y obéir et d’appliquer tout ce qui y est écrit, car alors tu auras du succès dans tes entreprises, alors tu réussiras ».
Jean Chrysostome vivait à la fin du 4ème siècle. Né à Antioche il était devenu Patriarche de Constantinople. Prédicateur d’exception il était surnommé « bouche d’or ». Il écrit : « D’aucun parmi vous disent : Je ne suis pas moine, j’ai une femme, des enfants, et les affaires de mon foyer dont j’ai la charge. Mais c’est là ce qui détruit tout : tu estimes la lecture des divines Ecritures réservée aux seuls moines, alors qu’elle te serait bien plus nécessaire qu’à eux. Qui vit au milieu du monde et y reçoit chaque jour des blessures a bien plus grand besoin de remèdes. Aussi y a-t-il encore un plus grand mal à ne pas lire, c’est de croire la lecture vaine et inutile ».
1. Pratiquer la discipline de la méditation, c’est apprendre à lire la Parole lentement et avec attention.
« Nous nous taisons avant d’écouter, parce que nos pensées sont déjà dirigées vers le message (…) Nous nous taisons après avoir entendu la Parole de Dieu, parce qu’elle résonne, vit et veut faire sa demeure en nous. (…) Il est nécessaire d’apprendre à se taire à une époque où on a donné la première place au bavardage, chacun peut le voir, et seul l’acte spirituel du silence peut amener un résultat positif dans ce domaine ». (Dietrich Bonhoeffer, cité par Schweitzer). Tout d’abord nous devons dire qu’il faut du temps pour faire silence en nous. Pas forcément beaucoup de temps, mais au moins le temps de nous permettre d’être disposé. Quelqu’un a écrit : « Méditer, c’est laisser à Dieu le temps de parler, c’est à dire nous donner la possibilité de faire suffisamment silence en nous pour écouter ». Selon le moment de la journée, selon notre tempérament, nos préoccupations de la journée il nous faudra plus ou moins de temps pour apaiser notre esprit. Certainement le lieu où nous méditons peut aider en cela.
Mais surtout nous devons apprendre à lire lentement et attentivement le texte. Trop souvent nous ne faisons que survoler la Parole, surtout les textes que nous avons déjà lus maintes et maintes fois. Je suis étonné combien il nous est difficile de lire et de comprendre ce que le texte biblique dit. Nous avons déjà toute une idée de ce que ce texte dit, en quoi il est un encouragement etc. La distance culturelle rend d’autant plus nécessaire cette lecture attentive. Et chaque détail d’un texte est important. Je réalise continuellement que des textes que j’ai lus et relus je ne les avais pas compris. Des détails importants m’avaient échappé et j’étais donc passé complètement à côté du sens du texte. Une lecture intelligente demande de lire lentement et attentivement.
C’est Carl Jung qui a dit : « La précipitation n’est pas du Diable, c’est le Diable ! » (cité par Richard Foster, Celebration of discipline).
• Pratiquer la méditation de la lecture de la bible c’est d’abord apprendre à lire plus lentement et plus attentivement.
2. Pratiquer la discipline de la méditation, c’est apprendre à lire avec imagination.
Apprendre à lire la Parole avec imagination, c’est comprendre qu’avant que la Parole de Dieu puisse pleinement habiter en nous, nous devons habiter en elle. Des siècles de rationalisme nous ont conduits à avoir, envers les livres sérieux, une attitude détachée, cérébrale. Nous sommes devenus des lecteurs « analystes ». Il ne s’agit pas de modeler la parole selon notre fantaisie, ce que nous faisons lorsque parfois nous sortons un verset de son contexte pour lui faire dire ce que nous voulons ou le faire « coller » à telle ou telle circonstance du jour. Ce n’est pas la bible qui doit venir épouser les contours de notre vie, de nos préoccupations du moment, c’est nous qui devons plonger dans la Bible.
Comme le dit Eugene Peterson, « la bible nous inclus, toujours. Nos vies sont implicitement impliquées dans tout ce qui est dit et fait dans ce livre ». Il explique : « L’imagination est la capacité que nous avons de franchir les limites de l’espace et du temps, avec tous nos sens intacts, et d’entrer dans d’autres conversations et actions de Dieu révélées, nous retrouvant chez nous dans le pays de la bible » (A long obedience in the same direction).
Il m’a fallut beaucoup de temps pour comprendre la différence entre chercher à appliquer des versets de la Parole à ma vie : je suis préoccupé par ma relation avec mes enfants alors je cherche un texte qui pourrait m’encourager… Je tombe sur le texte : il ramènera le cœur des enfants à leur parents – Merci Seigneur, tu m’as parlé ! Mais c’est une toute autre chose en réalité que de me plonger moi dans le texte.
Quelqu’un a dit que nous devons pénétrer le texte, nous identifié tour à tour aux personnages, aux situations « jusqu’à ce que l’ensemble du Nouveau Testament nous soit autobiographique ». Nous méditons et pénétrons la parole lorsque nous apprenons à devenir les contemporains d’Abraham, de David, de Jérémie, de Jésus et de Paul.
Avons-nous déjà cheminé au côté d’Abraham se dirigeant vers le mont Morija pour y sacrifier son fils ? Avons-nous déjà fuit en compagnie de Jonas vers Tarsis ? Nous sommes-nous déjà arrêtés auprès de David gardant ses moutons puis plus tard, écrivant le psaume 23 : « L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien » ? Nous sommes-nous déjà approchés de la pécheresse pardonnée couvrant de ses larmes les pieds de Jésus au milieu d’un festin ? C’est Ignace de Loyola qui dans ses exercices spirituels apprenait à ses compagnons à entrer dans le texte biblique par leurs cinq sens. A voir les personnages, à écouter ce qu’ils disent, à sentir, goûter, toucher… Pénétrer véritablement le texte. L’habiter pour qu’un jour il nous habite.
Surtout, nous sommes-nous arrêtés devant la crèche, sommes-nous allés au désert, avons-nous entendu l’appel des disciples, avons-nous contemplé la croix, sommes-nous rentrés dans le tombeau vide, avons-nous levé les yeux pour le voir disparaître dans la nuée ? « Dans la méditation nous grandissons dans ce que Thomas à Kempis appelle une amitié familière avec Jésus. Nous plongeons profondément dans la lumière et la vie de Christ et devenons à l’aise dans cette position » (Richard Foster, DSL p.19).
• Il nous faut habiter la parole avant qu’elle nous habite.
3. Pratiquer la discipline de la méditation, c’est apprendre une lecture qui forme notre prière.
Ce n’est pas dans le but de rassembler des informations que nous méditons la parole. La bible n’est pas premièrement une source d’information. Dieu nous parle et nous invite à lui répondre. Il nous invite à le suivre, il nous fait des promesses, il nous reprend et nous confronte à ses commandements. Dieu ne nous parle pas d’idées, de concepts mais il nous parle personnellement et attends de nous une réponse. Une lecture de la bible qui ne provoque pas la prière n’est pas une lecture de la bible spirituelle.
Lorsque je lis la bible, lorsque je la lis vraiment, que ce soit pendant 5 minutes ou 1 heure, je ne peux que poursuivre par la prière. Non pas en faisant une prière. Non ! En répondant à ce que je viens de lire par la prière. Le péché de David ne peut que m’ouvrir à mon propre péché, à ma propre inertie qui m’expose au péché lorsque je devrais être sur mon champ de bataille. La confession de David devient alors la mienne. L’enfant donné à Anne en réponse à ses supplications m’ouvre aux bénédictions de Dieu dans ma propre vie, etc. La prière est donc une marque importante de la discipline spirituelle qu’est la méditation de la bible. (Eugene Peterson parle de « méditation priée » ou de « prière méditée », cf. A long obedience in the same direction).
On se demande parfois : « Combien de temps devrais-je passer à lire la bible ? » Le temps qu’il faut pour qu’elle te conduise à la prière. Si 5 minutes suffisent… Mais on n’est pas obligé de se contenter du minimum !
Il est important de résister à la tentation de lire beaucoup, de manière superficielle. Bien qu’il soit parfois nécessaire de lire tout un chapitre (parfois plus) pour pouvoir entrer dans le texte, le comprendre et l’habiter, et enfin finir par méditer sur une chose qui nous conduira à la prière.
4. Pratiquer la discipline de la méditation c’est apprendre à lire dans le but de mettre en pratique, d’obéir dans notre vie de tous les jours.
La méditation chrétienne, très simplement, est la capacité à entendre la voix de Dieu et à obéir à sa parole. La méditation de la Parole nous place devant Celui qui parle avec autorité. Il parle et nous obéissons. Et ses commandements ne sont point pénibles… « C’est merveilleux lorsque une méditation particulière conduis à l’extase, mais il est de loin plus commun qu’il nous soit donné une direction dans les problèmes humains ordinaires » (Foster).
Un équilibre à trouver est celui de la mise en pratique en actes spécifiques et l’attention à la formation de notre caractère. Dieu ne veut pas seulement que je puisse pardonner à mon voisin qui m’a fait telle ou telle chose. Il veut que le désir de pardonner soit ancré dans mon cœur, que je sois façonné de telle sorte que pardonner m’apparaîtrait comme la seule option. Attentif donc non pas tant (ou pas seulement) à ce que Dieu veut que je fasse, dans tel ou tel cas, jour après jour, mais être attentif au genre de personne que Dieu désir que je devienne et ce que cela implique pour moi. Les deux choses ne s’excluent pas bien sûr. Mais même lorsque notre attention est sur quelque chose de précis, nous avons à être attentifs à ce qui doit se former en nous.
Comme l’écrit Louis Schweitzer : « La méditation, c’est la rumination, l’appropriation personnelle de la Parole au point qu’elle devient la parole qui m’est adressée, qui me nourrit et me transforme » (Les chemins de la vie spirituelle, p.92).
5. Pratiquer la discipline de la méditation, c’est apprendre à lire dans le but de contempler Dieu.
Nous sommes profondément centrés sur nous-mêmes, avec une capacité infinie à transformer les meilleures choses en couverture pour notre péché. Ainsi, même les disciplines de la vie spirituelle peuvent devenir une façon de nourrir notre ancienne nature charnelle qui nous dit que nous devons être au centre de tout.
"Venez contemplez les œuvres de l’Eternel !"
Nous ne sommes pas au centre de nos disciplines spirituelles. Dieu est au centre. Il est la finalité de toute activité dans laquelle nous conduit l’Esprit. Contempler Dieu et ses œuvres. La méditation s’est ainsi devenir plus sensible à ce que Dieu fait qu’à ce que nous faisons : nos échecs et nos succès, notre péché, nos accomplissements etc. Dieu est au centre de sa parole et en la méditant il devient le centre de nos vies.
La méditation culmine donc dans la contemplation de Dieu. Nous nous arrêtons et prenons conscience que Dieu est Dieu. Nous le contemplons comme celui qui est le créateur, le rédempteur, le Saint, le Juste, le Dieu d’Amour. Et nous goûtons la joie de sa présence. « Ce qui se produit en méditant, c’est que nous construisons l’espace émotionnel et spirituel qui permet à Christ de construire un sanctuaire dans notre cœur » (Foster p.20).
Conclusion :
Comme le dit Eugene Peterson, « l’oreille doit prendre le relais de l’œil » (Les trois angles de la croissance). La méditation, c’est la transformation de notre lecture en écoute. C’est, dans un sens, le processus inverse que celui qu’a suivi Job (mais pour le même but). Il disait, « mon oreille avait entendu parler de toi, mais maintenant mon œil t’a vu ». Pour nous il s’agit de dire : « Mon œil avait lu à ton sujet, mais maintenant mon oreille t’entends » !
L’oreille prend le relais de l’œil et fait appel au cœur. Ayant entendu Dieu, notre cœur se repose en sa présence.
• Lentement et attentivement
• Avec imagination
• En priant
• Pour obéir
• Pour contempler Dieu

Les disciplines de la vie spirituelle 2.
Les disciplines de la vie spirituelle - La prière

1 Thessaloniciens 5,17
Philippiens 4,6

La semaine passée nous avons commencé à parler de la première des disciplines spirituelles qui est la méditation de la Parole de Dieu. Nous avons souligné qu’apprendre la discipline spirituelle de la méditation c’est apprendre à lire :
• Lentement et attentivement : que dit le texte ?
• En le pénétrant avec imagination : habiter le texte pour qu'il puisse m'habiter
• En répondant dans la prière : quelle réponse ce texte m’invite à donner ?
• Pour obéir : qu’est-ce que je dois faire, demander à Dieu de faire en moi ?
• Pour contempler Dieu : quel visage de Dieu transparaît dans ce texte ?

Pourquoi les disciplines de la vie spirituelle ?

Les disciplines de la vie spirituelle sont un chemin de maturation.

Jésus lui-même a dit en Luc 6,40 : « Le disciple n’est pas plus que le maître; mais tout disciple accompli sera comme son maître ».
C’est une affirmation forte de Jésus. Tout disciple entré à l’école du maître et parvenu au terme de son apprentissage sera comme son maître.

Malheureusement, comme l’observe Dallas Willard, « la foi aujourd'hui est traitée comme quelque chose qui devrait seulement nous rendre différents » (The Spirit of the Disciplines, p.9).

Mais « Jésus a réellement invité les gens à le suivre dans le genre de vie dans laquelle la conduite telle que aimer ses ennemis nous semblera la seule chose censée et joyeuse à faire. Pour une personne vivant cette vie, la chose difficile à faire sera de haïr l'ennemi, de renvoyer celui qui supplie, ou de maudire celui qui maudit, tout comme c'était le cas pour Christ. La véritable ressemblance à Christ, le véritable compagnonnage avec Christ, va jusqu'au point où il est difficile de ne pas répondre comme il l'aurait fait » (Dallas Willard).

L’apôtre Paul ainsi que l’auteur de l’épître aux Hébreux se lamentaient de ce que certains destinataires de leurs lettres auraient du être depuis longtemps des maîtres. Malheureusement ils ne pouvaient toujours pas supporter de la nourriture solide. Et l’auteur de l’épître aux Hébreux parlera ensuite (Hébreux 5,14) de ceux qui savent discerner le bien du mal, parce qu’ils ont « exercé » leur discernement.

Il n’y a pas de croissance sans « exercice ».

Ce compagnonnage avec Christ qui nous exerce, nous le vivons dans notre vie de tous les jours, et en particulier dans la pratique des disciplines spirituelles. « Nous rencontrons et demeurons avec Jésus et son père dans les disciplines de la vie spirituelle » (Dallas Willard).

Le désir d'être comme Jésus est créé en nous par le Saint-Esprit au moment de notre naissance spirituelle. Mais nous devons mettre ce désir en acte, nous mettre en mouvement.
Jésus nous a prévenu : « L'esprit est bien disposé, mais la chair est faible ».
C’est Dallas Willard qui souligne qu’être « remplis de l'Esprit touche aux intentions du cœur ; cela donne à une personne le désir d'être entraînée, mais le désir ne fait pas l'entraînement ».

Une des clés de la transformation intérieure est de faire des disciplines spirituelles quelque chose qui forme nos habitudes.
Bill Hull fait une remarque très pertinente. Il écrit : « S'entraîner à la sainteté est très différent d'essayer d'être saint. Essayer d'être saint ne marche pas, s'entraîner oui » (CTL p. 78). Il poursuit : « Je pense que les chrétiens devraient arrêter d'essayer d'être saint et commencer à pratiquer les disciplines qui forment le chemin jusqu'au cœur de Dieu et nous transforment à sa ressemblance » (Hull p.78).

Les disciplines spirituelles travaillent donc indirectement. Elles mettent en marche une série d'événements positifs qui renforcent et transforment notre caractère. Comme le dit encore Bill Hull, « c'est un mystère la manière dont la lecture, la mémorisation, et la méditation de l'Ecriture peuvent transformer notre pensée et notre comportement, mais elles le font » (Choose the life, page 66).

Tout au long des siècles l’Eglise a souligné combien nous devons lutter contre la chair, contre le monde et contre Satan.
Les disciplines spirituelles sont le lieux où, par la grâce de Dieu, la puissance de la chair est brisée, l’attrait trompeur du monde est révélé et ou Satan est démasqué. « Les disciplines spirituelles sont essentielles pour délivrer l'être humain du pouvoir concret du péché (D. Willard, p. 63) ».

Quelles disciplines ?

Il y a en fait de très nombreuses disciplines spirituelles. Selon les auteurs qui en parlent au cours des siècles on en compte entre 12 et 20. L’étude de la bible, la méditation, la mémorisation, la prière, l'adoration, l'évangélisation, le service, le jeune, le silence, la solitude, tenir un journal, la soumission, la simplicité etc.
Dans son livre Les trois angles de la croissance, Eugene Peterson fait remarquer, je crois très justement, qu’il y a deux disciplines de base. La méditation de la Parole et la prière. Les autres disciplines sont comme les outils complémentaires du jardinier, ou de l’artisan. Il les utilise selon les besoins et les occasions. Certains outils il ne les utilise que rarement (alors même qu'un de ces collègue peut les utiliser fréquemment !). Mais il sait qu’il les a et à quoi ils servent. Et s’il en a besoin il n’hésitera pas à les utiliser. Il en utilise d’autres intensément à certaine période puis les utilise beaucoup moins.
Nous devons avoir la même liberté avec les disciplines de la vie spirituelle. Il y a les disciplines de base, qu’il nous faut cultiver toute notre vie. Et il y a les autres disciplines que nous utiliserons avec sagesse selon les moments de notre vie, avec intelligence et discernement.

Les disciplines un moyen et non pas un but.

Avant de parler de la seconde discipline spirituelle je voudrais encore faire une remarque :
En parlant des disciplines nous devons toujours nous souvenir qu’elles ne sont que des outils. « Le but et la substance de suivre Jésus n'est pas la prière, l'étude de la bible, où la méditation. Le rôle de ces disciplines spirituelles est de servir le plus grand but qui est de connaître Dieu » (Eugene Peterson), et la puissance de résurrection de Christ. Nous devons veiller à ne pas perdre de vue qu’on ne pratique pas les disciplines comme un but en soi.

Deuxième discipline : La prière.
Nous parlons souvent de la prière. Nous en avons tous une pratique plus ou moins approfondie. C’est un très vaste sujet. Parler en profondeur de la prière nécessiterait de passer des heures et des heures.
Mon propos ce matin sera modeste et restera dans la lignée qui est celle de notre série de message : l’apprentissage des disciplines spirituelles. Je voudrai simplement montrer une direction, indiquer le chemin de l’école.

Qu’est-ce que la prière ?
« Fondamentalement, la prière est notre réponse à Dieu qui nous a parlé. La parole de Dieu est toujours première. Dieu est toujours le premier à prendre la parole. Nous ne faisons que répondre. Notre conscience s’éveille dans un monde auquel Dieu s'adresse. Nous avons besoin d'apprendre comment répondre, vraiment répondre, et ne pas nous contenter de « oui M. », « non M. ». Tout notre être participe à la réponse » (Peterson, p.112, TAC).
« La prière est la réponse humaine au discours initial de Dieu, et ne doit jamais être confondue avec celui-ci ni considérée comme une amorce du dialogue » (Peterson, p.42).

Quelqu’un a dit : « Écouter le seigneur est la première chose, la seconde, et la troisième chose nécessaire pour une intercession réussie ». Et cela est vrai de toute prière, pas seulement de l’intercession.
Ce préalable ayant été posé, il nous faut dire quelque mots sur les paroles de notre prière ! Car la prière n’est pas que l’écoute, elle s’enracine dans l’écoute, mais elle ne s’y limite pas.

Mon exhortation de ce matin est dans un sens simple : « Acceptez de vous mettre à l’école de la prière ».

Un obstacle : le culte de la spontanéité

Je me demande si un des plus grands obstacles à la vie de prière ne serait pas la croyance enracinée en nous évangéliques que la prière doit être quelque chose d’entièrement spontanée.
Nous ne sommes pas des catholiques qui ne savent pas prier, et qui ne font que répéter des prières apprises (caricature courante chez nous évangéliques). Nous, nous prions vraiment, simplement, spontanément.
Ce que nous oublions c’est que l’être humain ne fait presque rien naturellement. Nous avons besoin d’apprendre. La plupart des petits mammifères marchent après quelques heures, voir quelques minutes. Le petit homme le fait péniblement au bout d’un an.

Le culte de la spontanéité est le plus grand danger pour notre vie de prière. Nous nous essoufflerons et notre vie de prière sera très vite stérile.
Acceptez d’entrer à l’école de la prière.

Trois écoles principales dans la bible.

1. A l’école des Psaumes.

Ephésiens 5:19 - "Entretenez vous par des psaumes."
« Les psaumes sont l'école où les gens peuvent apprendre à prier » (Eugène Peterson).
Calvin considérait les 150 psaumes comme une « anatomie de toutes les parties de l’âme ». Tout ce qu’il est possible pour une personne de ressentir, d’expérimenter et d’exprimer se trouve déjà devant Dieu dans les psaumes.
« La plus grande partie des Ecritures s’adresse à nous. Les psaumes parlent pour nous » disait Athanase.

Les psaumes nous apprennent ce que signifie s’approcher véritablement de Dieu dans la prière. S’approcher de manière authentique.
« Les psaumes nous rappellent que rien de ce qui remplit le cœur de l'homme n'est indifférent à Dieu. Tout peut devenir prière, même un cri de révolte ou de détresse, si il est adressé à Dieu dans la foi. Il ne s'agit donc pas d'évacuer de notre prière tout ce qui pourrait nous distraire de Dieu, mais de tout aborder dans la lumière de l'évangile pour que tout nous conduisent à Dieu » (p.41 Michel Ronder). « Nous arrivons à la prière, tels que nous sommes, avec un cœur agité et encombré de soucis divers : inquiétude pour ceux qui nous sont chers, angoisse dans l'avenir du monde, décisions à prendre qui ne sont pas faciles... Que faire alors ? Tenter de chasser tout cela pour offrir a Dieu un cœur disponible ? C'est impossible et puis Dieu n'attend pas de nous que nous allions à lui avec un autre visage que celui de notre vie quotidienne. Dans la prière, il faut l’accueillir, lui faire place, c'est vrai, mais pas en faisant le vide en nous, qui rencontrerait-t-il alors ? L'ombre de nous-mêmes ! Or, c'est nous qu'il appelle et qu'il veut sauver avec tout le poids de vie qui est le nôtre » (p.40. Michel Ronder, Petit guide de la prière dans Voir Dieu en toutes choses). Les psaumes nous apprennent comment prier en cœur à cœur avec Dieu. Ils le font d’abord en élargissant notre expérience de la prière.
Les psaumes élargissent notre expérience de la prière.
Nous ne connaissons que des prières polies. Lorsqu’on n’en a pas à faire… on ne prie pas ! Mais l’image de la prière dans les psaumes est bien différente, notamment en ce qui concerne les psaumes que Walter Bruegmann appelle les psaumes de « désorientation ». Ces psaumes nous montre d'une manière particulière ce que peut signifier, s'approcher de Dieu avec authenticité, vérité.
Psaumes 109 : David appelle le malheur sur ses ennemis.
Psaumes 137 : Heureux qui saisit tes enfants et les écrase sur le roc ! Psaumes 139,22 : Je les hais d’une parfaite haine. Psaumes 88 : Tout ce qui m’arrive est de ta faute. Psaumes 44 : Tout cela nous est arrivé et nous ne t’avons pas abandonné. Réveille-toi !
Les psaumes nous décentrent de nous-mêmes.
Suivre une école nous décentre de nous-mêmes ! Etre à l’école des psaumes nous apprend à prier en toute saison (et surtout à contre saison). Comme le fait remarquer Eugène Peterson au sujet de Jonas, "dans le ventre du poisson Jonas se trouvait dans les pires ennuis imaginables. C'est pourquoi on s'attend à ce que ses prières soit une lamentation. Or que constatons nous ? Précisément le contraire ! Il exprime un psaume de louanges, dans la forme classique de l'action de grâce". La prière, bien qu'influencé par les circonstances, ne dépend pas d'elle. L’école des psaumes nous apprends cette réalité.
Les psaumes nous conduisent sans cesse à la louange.

Les Cinq livres des psaumes se terminent par la louange.

Allons à l’école des psaumes. Tout y est. Nos louanges, nos remerciement, nos doutes, nos espérances, nos détresses, nos colères, nos révoltes, notre repentance.
En apprenant à prier les psaumes, à prier avec les psaumes, nous pénétrerons plus profondément le mystère de la prière, le mystère du dialogue avec Dieu. Corps à corps, cœur à cœur.

2. A l’école de Jésus

Luc 11:1 - Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne–nous à prier, comme Jean l’a enseigné à ses disciples.

Il y a là quelque chose qui me questionne depuis longtemps. Comment se fait-il que Jésus n’ait pas commencé dès le début de son ministère à apprendre à ses disciples à prier ? Tout maître de spiritualité fait ces choses. Jean-Baptiste l’a fait avec ses disciples. Et les disciples de Jésus le voyaient prier, l’entendaient peut-être prier, mais Jésus ne leur disait pas comment faire. En tant que juifs ils connaissaient les prières apprises depuis leur enfance, mais ils avaient besoin que Jésus leur enseigne plus, car ils savaient qu’il avait plus à leur apprendre que ce qu’ils avaient reçu.
Et ce sont les disciples qui font le pas et demandent à Jésus : Apprends-nous à prier comme Jean-Baptiste l’a fait avec ses disciples !

Une partie de la réponse est sans doute dans la bonne pédagogie de Jésus qui ne donne pas trop à ses disciples, mais attends que le besoin se manifeste, se ressente.

Une autre partie de la réponse est certainement dans le parallèle avec le jeûne : les disciples de Jean jeûnaient, et les disciples de Jésus ne jeûnaient pas. Et Jésus répond aux pharisiens qui l’attaquaient là dessus : tant qu’ils sont avec moi, ils n’ont pas besoin de jeûner. Quand je ne serai plus là, alors ce sera pour eux le moment de jeûner.
On peut donc penser que pour la prière c’était la même chose. Tant que Jésus était là, il n’était pas encore nécessaire que les disciples sachent prier d’une nouvelle façon. S’ils avaient un besoin... ils se tournaient vers Jésus.
Maintenant que Jésus n’est plus là, nous devenons en lui, par lui, les intercesseurs, les adorateurs que Dieu demande. Ceux qui peuvent parler, prier à la place de Jésus. De la place qui était la sienne : la place de fils et de fille du Père. La place de ceux qui viennent « pour faire la volonté du Père ». La place de ceux qui disent : "non pas ma volonté mais la tienne". La place de ceux qui sont toujours exaucés car ils prient selon le cœur de Dieu.

Il nous faut donc apprendre à l’école de Jésus. Apprendre à prier depuis la place qui était la sienne. Celle de fils (Prier avec le « Notre Père ») et celle de ceux qui recherche la volonté de Dieu plutôt que la leur.

3. A l’école de Paul

Ephésiens 6:18 Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints.
Romains 1:9 Dieu, que je sers en mon esprit dans l’Evangile de son Fils, m’est témoin que je fais sans cesse mention de vous.
Philippiens 4:6 Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces.
1 Timothée 2:1 J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes,
1 Thessalonic 5:17 Priez sans cesse.
• en tout temps
• toutes sortes de prières
• pour tous les hommes
• en toutes choses...

Cela nous donne le vertige ! Une place si absolue pour la prière dans nos vies ! Nous ne sommes pas des moines !

« Dieu a voulu que les disciplines de la vie spirituelle soient pour des êtres humains ordinaires : des personnes qui travaillent, qui s'occupent d'enfants, qui font la vaisselle et tondent la pelouse. En fait, les disciplines sont le mieux pratiquées au milieu de nos relations avec notre mari où notre femme, nos frères et sœurs, nos amis et nos voisins » (Richard Foster, CD, p.1).

Nous ne devons pas nous préoccuper que ce travail prenne trop de notre temps, car « il ne prend pas du temps, mais il occupe tout notre temps » (Thomas Kelly). Ce n'est pas la prière en plus du travail mais la prière simultanément avec le travail. La prière et l'action deviennent unies.

Notre vie doit être imprégnée de prière.
cf. La prière du cœur chez les orthodoxes.

En tout temps ?

Prier sans cesse c’est vivre devant Dieu tous les temps de ma vie, c’est, comme le soulignaient les Pères de l’Eglise, « garder la mémoire de Dieu ».
L’acte de prier est alors devenu un état de prière.
« Etre devant Dieu est l’essentiel de la prière » (Louis Schwietzer).
Comme le dit Bill Hull, « ce n'est pas tant combien nous prions mais combien en nous est dans la prière » (p.201). On pourrait dire, combien en nous est en prière.
Vivre devant Dieu en prière c’est reconnaître que Dieu est Dieu. C’est confesser humblement que nous ne sommes pas Dieu. Avant notre action il y a Dieu. Lui travaille depuis longtemps aux choses dont nous venons juste de prendre conscience. Arrêtez et sachez que je suis Dieu !
Prier en tout temps, c’est vivre chaque instant en confessant que nous ne sommes pas Dieu et que nous laissons Dieu être Dieu.

Les disciplines de la vie spirituelle 3.
LA PIETE : LE JEÛNE
Ces deux derniers dimanches, Patrice a repris l'exhortation de Paul à Timothée : " exerce-toi à la piété". Il nous a exhortés à la pratique des disciplines spirituelles, pour notre maturation, comme à un entraînement à la sainteté. Il nous a présenté la méditation de la Parole, lecture lente et attentive, en pénétrant le texte avec imagination, lecture qui appelle une réponse dans la prière, par l'obéissance, dans le but de contempler Dieu.
Le second exercice est la prière, et nous étions encouragés à un apprentissage persévérant à l'école des Psaumes d'abord, puis à celle de Jésus, en tant que fils et filles de Dieu (avec le Notre Père), et enfin à celle de Paul.
Aujourd'hui, dans la famille " disciplines spirituelles ", je vais demander le jeûne. Dans cette famille, les parents sont bien sûr la Parole et la prière, les autres disciplines viennent après, elles ne sont que des moyens, des outils qui nous aideront dans l'exercice des deux premières pratiques, le but ultime étant de toujours mieux connaître Dieu.
Il m'a été difficile de trouver des livres sur le jeûne, le jeûne biblique. Ce n'est pas un sujet très populaire. De plus, je suis loin d'être une grande spécialiste du jeûne, et quand Patrice m'a parlé du sujet d'aujourd'hui, j'ai très vite proposé que quelqu'un d'autre le fasse :) ! Après réflexion, j'ai pensé qu'il me serait personnellement très bénéfique d'y réfléchir.
Comme je vous le disais, on trouve peu de documents à ce sujet dans la littérature chrétienne, et je me suis principalement aidée du livre de Yan Newberry, " disponible devant Dieu ", le sous-titre étant : une étude sur la pratique du jeûne biblique. Je vous recommande d'ailleurs ce livre, il est très pratique, et nous invite à une pratique sage et régulière du jeûne.
Le titre " disponible devant Dieu " est déjà très parlant en lui-même, parce que nous verrons que le jeûne est principalement une démonstration de notre disponibilité à Dieu. Et vous savez tous qu'aujourd'hui, nos agendas et nos vies sont tellement remplis, qu'il peut nous être difficile d'être disponible, de se rendre disponible.
Beaucoup de religions pratiquent le jeûne, en ce moment même les musulmans font le ramadan, les bouddhistes, les hindouistes pratiquent le jeûne régulièrement. Il est même préconisé par certains, pour une bonne hygiène de vie, sans aucune connotation religieuse.
Pour ce qui est du jeûne biblique, nous trouvons dans la Bible environ 70 textes qui en parlent, 2/3 dans l'AT, et 1/3 dans le NT. Certains jeûnes y sont agréés par Dieu, d'autres non. Le jeûne était donc pratiqué régulièrement tant par les juifs que par les chrétiens, Jésus Lui-même a jeûné, et nous a parlé du jeûne, notamment dans Mt 6 : 16.18.
Mt 6 :16-18 : " Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme les hypocrites ; ils arborent un visage défait pour montrer aux gens qu'ils jeûnent. Amen, Je vous le dis, ils tiennent là leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, afin de ne pas montrer que tu jeûnes aux gens, mais à Ton Père qui est là dans le secret, et ton Père qui voit là, dans le secret, te le rendra "
Dans ce passage, Jésus nous parle du jeûne, des motivations pour le jeûne et de la manière de jeûner. Je vais reprendre ce même schéma et nous verrons donc :
1 - ce qu'est le jeûne biblique, et sa finalité première
2 - quelles peuvent être les intentions secondaires qui le motivent, certaines bonnes, d'autres moins.
3 - puis d'une manière plus pratique, comment mener un temps de jeûne.
Voyons premièrement ce qu'est le jeûne :
Nous avons une première réponse dans le passage de l'évangile de Matthieu 6. Ce passage se situe dans le sermon sur la montagne, dans lequel Jésus enseigne Ses disciples, avec différentes instructions sur l'aumône, la prière et le jeûne. Ce sont trois pratiques régulières de la foi, l'aumône étant orientée vers autrui, la prière vers Dieu, et le jeûne pour moi. Jésus enseigne sur la manière de les pratiquer, plutôt que sur les pratiques en elles-mêmes. Et cela pourrait nous étonner, mais je pense que c'est parce que ces pratiques sont une évidence pour Jésus et pour les disciples. Il n'utilise pas l'impératif, ne donne pas un ordre, Il ne dit pas : " pratiquez l'aumône, priez, ou jeûnez ", Il utilise le mot " quand " : " quand tu fais l'aumône, quand tu pries, quand tu jeûnes ".
L'AT ne donne qu'une seule fois l'ordre de jeûner, un jour par an, le jour des expiations, dans Lév16 :29.31. Mais il est par ailleurs souvent mentionné comme une chose évidente. Le NT ne comporte pas d'ordre à ce sujet, mais plusieurs textes en parlent aussi comme d'une évidence dans la pratique des croyants, de Jésus d'abord, puis des disciples après le départ de Jésus. L'aumône, la prière, le jeûne sont trois pratiques " évidentes, naturelles " de l'expression de notre foi.
Prenons maintenant une définition du jeûne : privation de nourriture, diminution plus ou moins importante de la ration alimentaire portant sur l'ensemble des aliments ou sur quelques aliments seulement. Une telle définition ne donne pas envie, surtout dans notre bon pays de France où la gastronomie a une place privilégiée ! Elle peut même faire fuir, faire peur, parce qu'immédiatement jeûne = privation = pénibilité, souffrance, affaiblissement... Rassurons-nous, un jeûne d'un repas, d'une journée ou même de quelques jours (s'il est fait avec sagesse) n'a pas de conséquences négatives sur notre organisme, bien au contraire. Et un jeûne de plus longue durée, pratiqué avec précautions est aussi bénéfique, à condition de ne pas tomber dans un extrémisme dangereux.
Alors, pour vous donner une autre vision du jeûne, vous mettre l'eau à la bouche :), je vous donnerai plutôt la définition que nous a laissée Saint Augustin : " jeûner, c'est changer ses plaisirs plutôt que d'y renoncer ; jeûner, c'est changer ses plaisirs plutôt que d'y renoncer. "
J'aime cette définition, elle dédramatise immédiatement ! Et elle est tellement vraie !
Donc le jeûne biblique est pratique courante chez les croyants, il est abstinence de nourriture, et il est aussi une expression d'humilité devant Dieu. L'abstinence n'est pas la finalité du jeûne. La finalité première d'un jeûne est de se tourner vers Dieu, de se centrer sur Lui, pour mieux Le connaître. YN : " Jeûner, c'est montrer à Dieu nos vraies priorités : nous disons ainsi à Dieu que les valeurs éternelles priment sur le passager, que les valeurs spirituelles passent avant les besoins physiques et matériels." Le jeûne est un moyen de montrer à Dieu ce qui est le plus important pour nous, ce que nous désirons réellement. C'est un temps où nous donnons toute la place à Dieu, un temps où nous disons volontairement à Dieu qu'Il est premier dans nos cœurs, dans nos vies. Nous nous présentons devant Lui, dans l'humilité pour Lui dire notre dépendance, notre besoin de Lui, notre incapacité à nous suffire à nous-mêmes, et notre confiance en Lui, notre attente à Lui, notre désir de plus de Lui.
En hébreu, la racine du verbe jeûner est la même que celle du mot humilier. Le jeûne est l'expression physique, extérieure de notre humiliation intérieure devant Dieu, dans un abandon total. David dans le Ps 35 nous dit : " j'humilie mon âme par le jeûne. " YN : " Le jeûne est l'expression de notre humiliation devant Dieu pour accueillir la Parole de Dieu en notre for intérieur et attendre avec foi l'intervention divine dans nos vies. " Le jeûne biblique n'a de sens que s'il est accompagné par la Parole et la prière.
Donner à Dieu la première place, et le Lui montrer en nous rendant disponible pour Lui, est donc la finalité première de notre jeûne.
Et Dieu se réjouit de voir nos cœurs bien disposés (qu'Il a Lui-même disposés !) pour passer du temps dans Sa présence, Le contempler, et dans Sa grâce, Il ne restera pas insensible à notre cœur tendu vers Lui : " ton Père te le rendra".
Il peut donc y avoir d'autres motivations, secondaires, plus personnelles, pour entreprendre un jeûne, une demande, une attente à Dieu, et nous recevrons Sa réponse, non comme un dû de Dieu envers nous, mais comme une manifestation de Sa grâce.
Pourquoi m'approcher de Dieu dans le jeûne ? Quand nous pensons à entreprendre un jeûne, il est important d'écouter, et d'analyser ce qui se passe au fond de nous, d'être attentif à notre attitude de cœur. C'est ce qui importe pour Dieu, Il regarde au cœur.
Voyons d'abord ce que Jésus dit dans Mt6, à propos des pharisiens : " ils arborent un visage défait pour montrer aux gens qu'ils jeûnent ". Jeûner pour être vus et loués des hommes, pour la gloire personnelle, jeûner par orgueil, voilà une première motivation, et mauvaise celle-ci.
D'autres mauvaises motivations :
- La tradition ou le légalisme, là aussi comme les pharisiens, parce que : " il faut, ou je dois parce que je suis chrétien... " : À ne pas confondre avec l'obéissance, expression de mon amour pour Dieu.
- La vengeance comme Saül avec David.
- L'ascétisme, ou le jeûne méritoire, pour obtenir le pardon par exemple. Seul le sang de Christ nous purifie de toutes nos fautes.
- Une motivation qui rejoint la précédente, et tout aussi mauvaise : pour forcer la main de Dieu, contraindre Dieu, plier Dieu à ma volonté, comme dans Es 58. Alors que le jeune est précisément un moyen pour m'aider à plier ma volonté à celle de Dieu.
- ...
Souvenons-nous que notre jeûne n'apporte rien à Dieu. Quel intérêt Dieu aurait-Il à notre jeûne. C'est Elihu qui dit à Job : " si tu agis bien, que Lui apportes-tu ? Que reçoit-Il de toi ? ". Nous ne pouvons mériter quoi que ce soit par notre jeûne, ni contraindre Dieu. Il n'est pas intéressé par notre jeûne en Lui-même, Il est intéressé par notre cœur tourné vers Lui, disponible pour Lui. Notre jeûne est un moyen de nous rendre disponible pour Lui, et c'est nous qui en sommes les premiers bénéficiaires, même si bien sûr, notre jeûne pratiqué avec humilité et amour Le glorifie.
Mt6 ne nous parle pas des bonnes motivations, mais d'autres exemples bibliques vont nous éclairer :
- Pour recevoir une direction de Dieu : Dans Ex 34, c'est Moïse qui jeûne 40 jours et 40 nuits pour se tenir devant Dieu et recevoir la Loi, les directives pour le peuple d'Israël. Les apôtres le font (communautairement) pour la nomination des anciens ou l'envoi des missionnaires.
- Le jeûne de repentance : Samuel et le peuple d'Israël se rassemblent pour prier, jeûner et confesser leurs péchés, le roi Achab l'a fait aussi, ou les habitants de Ninive
- Pour exprimer notre tristesse à Dieu, comme Anne qui ne peut avoir d'enfant ou les israélites qui pleurent le roi Saül.
- Pour combattre l'ennemi et obtenir la délivrance : Josaphat, Mardochée et Esther, David publieront un jeûne lors de l'attaque ennemie.
- Pour demander la protection de Dieu : Esdras le fait pour le voyage de retour à Jérusalem.
- Pour se donner complètement à la prière comme Daniel, montrer à Dieu notre disponibilité, notre désir de Le suivre, de Lui plaire. Anne dans le temple servait Dieu jour et nuit dans la prière et dans le jeûne. Le jeûne est un excellent moyen pour un renouveau dans notre vie spirituelle, quand nous sommes dans la confusion, dans une période de sécheresse, pour retrouver l'intimité avec Dieu.
- Pour se fortifier, se préparer à un service comme Jésus conduit par l'Esprit dans le désert. Il nous dira que " Sa nourriture, c'est de faire la volonté de Son Père ". Jn 4.34.
- ...

Jeûner, nous abstenir de manger, exprimer ainsi notre foi,
- pour nous centrer sur Dieu, Lui montrer notre dépendance, notre besoin de Lui,
- pour Lui dire, avec un cœur pur, notre attente en Lui, à laquelle Il répondra, qu'Il récompensera,
- oui, mais d'une manière plus pratique, comment, qui,...

Voyons d'abord qui peut jeûner ? Comme Jésus en a parlé comme d'une évidence aux disciples, je pense qu'il est plus judicieux de parler de ceux qui ne peuvent pas jeûner. Les seules raisons semblent être des raisons de santé : le surmenage, certaines maladies comme le diabète, les maladies cardiaques, psychiques. Pour n'importe quelle autre maladie, la sagesse sera de demander conseil à son médecin. La grossesse n'est pas une maladie, mais on exclura aussi les femmes enceinte, et les enfants. Pour une personne en bonne santé, aucune contre-indication. Bien sûr, il faut de la sagesse, on évitera de jeûner lors d'activités qui demandent beaucoup d'énergie, physique ou intellectuelle.
Pour le comment, Jésus nous donne une première indication dans Mt6 : Jésus parle de le faire dans le secret : quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite... quand tu pries entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est dans le secret... quand tu jeûnes, parfume ta tête, lave ton visage afin de ne pas montrer que tu jeûnes aux gens, mais à Ton Père qui est là dans le secret. Dans le secret. Jésus ne parle pas de discrétion, Il parle de secret. Jeûner dans le secret, s'isoler, se mettre à l'écart, et si nécessaire, partir de la maison, et trouver un lieu tranquille.
Pour ce qui est de la durée : rappelons-nous d'abord que les temps de jeûne sont souvent provoqués par Dieu, Moïse a été appelé par Dieu à l'écart, Jésus a été conduit dans le désert, les responsables du peuple qui publiaient des jeûnes de repentance le faisaient souvent en réponse à la parole d'un prophète. Cherchons la volonté de Dieu à ce sujet, surtout pour un jeûne prolongé. Un jeûne de longue durée (plus d'une semaine) se prépare, tant spirituellement et physiquement, et il vaut mieux se documenter pour cela. Un jeûne très court ne pose pas de problème pour la vie sociale, professionnelle ou familiale. Pour un jeûne de plusieurs jours, il peut être bon de prendre un temps de congés.
Voyons maintenant pour le contenu. Comme je le disais au début, l'idée du jeûne peut faire peur. Je me souviens que j'envisageais avec effarement, l'idée de passer une journée entière dans la prière, sans manger. Mais le jeûne, ce n'est pas obligatoirement rester à genoux pendant une journée, on peut tout à fait découper la journée en différents temps, qu'on alternera les uns avec les autres, c'est à chacun de trouver son propre fonctionnement. Il n'y a pas de règles, et je vais juste vous donner quelques pistes :
- commencer par une prière d'humiliation, dans laquelle je reconnais ma dépendance de Dieu, je reconnais combien j'ai besoin de Sa présence dans ma vie. Et là, je Lui demande Son regard sur ma vie, que Son Esprit sonde mon cœur, pour me conduire sur la bonne voie (Ps 34).
- Un temps de louange, d'actions de grâce, (pourquoi pas en écoutant des chants), temps d'adoration, de contemplation, d'expression de notre joie de Le connaître comme Dieu, comme Père... Ces instants d'éternité où le temps n'existe plus, où il n'y a plus que Dieu et moi, plus que Le Père et Son enfant... Ce sont (pour moi) ces moments précisément qui vont donner une saveur particulière au jeûne et un petit goût de " reviens-y ", me donner le désir de recommencer.
- Et comme la prière est indissociable de la Parole, le jeûne est aussi un temps d'étude et/ou de méditation de la Parole, un temps où je suis plus disponible pour apprendre de Dieu, L'écouter. Je peux me laisser instruire, consoler, reprendre, corriger, redresser, encourager, fortifier, guider... et recevoir réponse à mon besoin du moment. Et Sa Parole me conduira dans la prière.
- Un temps plus en rapport avec ce qui a motivé cette recherche de Dieu : avec des lectures (ex : si je jeûne pour une question de pardon, je peux lire un livre sur le pardon), dans la prière, l'écoute, dans l'attente de la réponse. Parfois, on s'apercevra que simplement le fait de se tenir devant Dieu apporte déjà une réponse à ces besoins particuliers, ou que Sa présence, seule, peut être la réponse.
- Un temps d'intercession pour nous-mêmes ou ce que nous avons à cœur.
- Ce peut être aussi l'occasion de pratiquer l'aumône, de partager, d'une manière ou d'une autre : courrier...
- Pour éviter l'endormissement, prenons aussi des temps de marche, même dès le début de la journée, c'est très tonifiant, et c'est aussi l'occasion de louer Dieu pour Sa création.
- Penser à boire beaucoup, eau, tisanes, et éviter les excitants comme café, thé.... Le jeûne permet d'éliminer des toxines, on évitera donc la caféine, ou la théine.
- Prendre des temps de pause, de détente, de repos, avec de la musique...
- ... à chacun de trouver ce qui lui convient.

Yan Newberry conseille aussi d'établir une sorte de planning, avant cette journée pour éviter de se disperser, et pour cibler au mieux ce que je désire pour ce temps de jeûne, ce qui n'empêche pas de laisser au Saint Esprit la liberté de me conduire là où Il veut. Il est bon aussi de terminer le temps de jeûne par un bilan écrit dans lequel je me souviens des faits marquants de cette journée vécue devant Dieu, avec Lui. Je pourrai y revenir plus tard, voir mon cheminement, et éventuellement la réponse de Dieu, Sa récompense. (Je dis éventuellement, non pas à cause de l'éventualité de la récompense, parce que Dieu en parle comme d'une certitude, mais éventuelle dans ce qu'elle peut m'être donnée plus tard, et même dans l'éternité). Ces bilans successifs nous donneront aussi le désir de recommencer, ce désir sera nourri par la conscience des bienfaits retirés du jeûne, tant au niveau spirituel, que psychique et physique (comme si tous nos sens étaient plus aiguisés : au niveau spirituel, un plus grand discernement, une plus grande ferveur dans la prière ; au niveau intellectuel, une plus grande clarté, clairvoyance, dans les pensées ; et à tous niveaux, un regain d'énergie dû à l'élimination des toxines). Nous ne sommes pas toujours conscients de ces bénéfices dans le temps même du jeûne, nous le réalisons parfois plus tard.
Si nous n'avons jamais jeûné ou peu, commençons par prier à ce sujet pour être convaincus nous-mêmes. Ecoutons, analysons aussi nos motivations, et qu'elles soient pures. Quant à la suppression des repas, commençons petit, fixons des objectifs réalistes, d'abord, un repas, puis une journée, puis plus, de manière progressive. Ne craignons pas les malaises, les maux de tête, des troubles de la vue ou des signes de faiblesse, cela peut arriver dans un jeûne de quelques jours, mais reste passager. Il peut être bon quand nous entamons un jeûne de plusieurs jours, de demander à quelqu'un de nous soutenir dans la prière, ou de temps en temps par sa présence, ou une prière commune. Dans ce cas, il sera bon aussi de reprendre l'alimentation d'une manière progressive.

Jeûner parce qu'ainsi nous exprimons, avec humilité, notre dépendance de Dieu, notre absolu besoin de Lui. De cette manière, Lui dire qu'Il est premier dans notre cœur, dans notre vie.
Jeûner avec un cœur pur, des motivations pures, pour Le rencontrer.
Jeûner avec sagesse, nous tenir devant Dieu dans le secret, jouir de Sa présence, nous nourrissant de Sa Parole, y répondant par la prière.

Voilà ce à quoi nous sommes encouragés ce matin : nous exercer à la piété, piété utile à tout car elle a la promesse de la vie pour le présent et l'avenir.
Les disciplines de la vie spirituelle 4.

La célébration

Introduction :
* Qu'est-ce qu'une discipline ?
J'utilise l'expression de " discipline de la vie spirituelle " comme on parlerait de " discipline sportive ".
N'ayant trouvé nulle part une définition adéquat je vous propose la mienne :
Une discipline est une pratique, une activité de la pensée et/ou du corps, entreprise de manière intentionnelle, volontaire et répétée dans le temps. Quelle que soit cette discipline elle aura au moins 3 caractéristiques :
- Il y aura un apprentissage avec une progression dans la maîtrise de la discipline pratiquée.
- La pratique de cette discipline apportera des compétences qu'on ne peut acquérir sans pratiquer cette discipline ou une discipline semblable.
- Lorsqu'elle est pratiquée pendant suffisamment de temps et avec un certain niveau de compétence, cette discipline façonne d'une manière ou d'une autre notre caractère. Nous ne sommes plus les mêmes après qu'avant.
Cette tentative de définition a pour but de bien faire comprendre que la discipline telle que j'en parle n'est pas le fait de se discipliner, comme on parlerait de faire la discipline dans une classe, ou de se discipliner pour ne pas manger trop.
Celui qui penserait que ce qu'il y a de central dans la pratique d'une discipline (sportive par exemple) est la discipline, être discipliné, devenir discipliné, ne comprends rien à cette discipline (à ce sport). On ne pratique pas une discipline sportive pour être quelqu'un de discipliné, pour le plaisir de la discipline.
Mais il est vrai que celui qui voudrait pratiquer de manière approfondie une discipline sportive par exemple, ou artistique, en pensant qu'il n'aura pas besoin de discipline, de se discipliner, d'être discipliné, risque de ne pas aller très loin dans la pratique de ce sport, de cet art.
Mais même s'il y a un lien entre ces deux sens du mot discipline c'est de la discipline comme pratique spécifique, comme on dirait que le 100m haies est une discipline sportive, que je parle et non pas tellement du fait d'être discipliné ou de se discipliner.
Notre propos, avec Jeannine, n'est pas de vous dire : " A moins que vous ne vous discipliniez dans votre lecture de la bible, dans votre temps de prière, dans le jeûne, vous ne grandirez pas spirituellement ". Mais il s'agit de dire : " Tout comme il existe des disciplines sportives, des disciplines artistiques, il existe aussi des disciplines spirituelles. Leur pratique est essentielle pour notre croissance spirituelle ". Nous ne deviendrons pas des hommes et des femmes pleinement mature sans avoir pratiqué certaines de ces disciplines. Bien sûr il nous faudra peut-être nous discipliner pour avancer dans ces pratiques, tout comme il nous faut un minimum de discipline pour avancer dans la pratique de tel ou tel instrument ou dans tel ou tel sport, mais la question n'est pas là, ou de manière secondaire (importante mais secondaire).
Notre exhortation, en fait l'exhortation de Paul à Timothée, est de considérer un certain nombre de choses, d'activités, comme des pratiques, comme des disciplines, des domaines d'activité dans lesquels il y a à entrer, à apprendre, à progresser, et qui sont porteuses de bénéfices qu'on ne peut acquérir autrement.
Il n'est pas toujours facile de nommer précisément ce que telle ou telle pratique nous apporte. En réalité, la plus part du temps, seuls ceux qui pratiquent la discipline en question savent quel bien on peut en tirer. De même il n'est pas toujours facile de dire ce que telle ou telle pratique spirituelle nous apporte précisément. C'était le travail des conducteurs spirituels d'autrefois. Ils préconisaient telle ou telle pratique, en fonction des besoins qu'ils voyaient chez ceux qu'ils accompagnaient. (Rien à voir bien sûr avec la pratique pénitentielle " vous direz trois pater et trois ave "...)
Pour nous, sans entrer dans un certain nombre de disciplines spirituelles, en premier lieu la méditation et la prière, mais aussi d'autres disciplines, nous ne grandirons pas spirituellement. Nous n'acquérons pas ce qui ne peut s'acquérir que par ce genre d'exercice. Voilà pourquoi Paul disait à Timothée " Exerce-toi à la piété " (en comparant l'exercice de la piété à l'exercice sportif).

J'espère que la discipline spirituelle dont je vais parler ce matin vous aidera à, non pas mettre de côté la connotation disciplinaire, mais à voir que ce n'est pas du tout le cœur du sujet.
J'aimerais, pour équilibrer les disciplines de la méditation, de la prière et du jeûne, qui sont des disciplines individuelles, parler d'une discipline communautaire. Une discipline à laquelle nous ne pensons pas vraiment lorsque nous pensons à l'exercice de la piété, mais qu'on retrouve tout au long des siècles chez les auteurs qui ont écrit et conduit dans les disciplines de la vie spirituelle. Une discipline à laquelle moi même tout en y attachant de l'importance (ça va peut-être faire sourire certains membres du conseil) je ne concevais pas cela comme une discipline spirituelle. Et en travaillant le sujet je commence à la voir comme l'une des plus importantes des disciplines spirituelles. Je voudrais vous parler de la discipline spirituelle de la célébration.

Lecture : Deutéronome 14, 22-29
Cf. Deutéronome 16,16
1. Qu'est-ce que la discipline de la célébration ?
Les fêtes institués par Dieu pour Israël dès le début de son histoire en tant que nation nous introduisent dans la réalité des disciplines de la vie spirituelle. Trois grandes fêtes rythmait le calendrier du peuple d'Israël. La fête des pains sans levain (Pâque), la fête des semaines, et la fête des tabernacles. Le chapitre 14 nous décrit en détail la fête des semaines. Les fêtes duraient normalement sept jours (ce n'est pas préciser pour la fête des semaines). Ces fêtes font entrer le peuple dans la célébration. C'est un commandement de Dieu de célébrer, de se réjouir lors de ces fêtes. Le peuple était appeler à la réjouissance : tu mangeras tout ce qui te feras plaisir, tu te réjouiras...
Voyez combien ces célébrations insistent sur les bénéficiaires de la fête : c'est le peuple. Tu te réjouiras, tu te feras plaisir !
Richard Foster définie ainsi la célébration : " Nous entrons dans la célébration lorsque nous nous réjouissons, de la vie, du monde, en conjonction avec notre foi et confiant dans la grandeur de Dieu, sa beauté, et sa bonté. Nous nous concentrons sur notre vie et le monde comme l'œuvre de Dieu et comme le cadeau que nous recevons de lui ". P.179 Foster

* Philippiens 3:1 Au reste, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur. Je ne me lasse point de vous écrire les mêmes choses, et pour vous cela est salutaire.
* Philippiens 4:4 Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous.

2. Pourquoi pratiquer la discipline de la célébration ?
* La discipline de la célébration développe en nous la crainte de l'Eternel.
La discipline de la célébration nous rappelle que c'est Dieu qui donne. Qu'il est celui qui pourvoit. Ce ne sont pas les simples mécanismes en place dans la nature ou dans la société. Pour l'israélite, la célébration lui rappelait qu'il recevait toute choses de la main même de Dieu. La célébration nous conduis à la crainte de l'Eternel. C'est lui que nous devons craindre, car tout vient de lui. Cette crainte qui n'est pas de la peur, mais un respect profond, une confiance sans partage, une décision de calibrer sa vie, sa vision du monde sur la parole de Dieu. " La crainte de l'Eternel est le commencement de la sagesse ".
Si quelqu'un dans la rue nous demandait aujourd'hui : " Comment puis-je apprendre à craindre Dieu ? " Nous répondrions certainement : " En lisant la bible, en priant etc. ". Tout cela est vrai. Mais qui d'entre nous penserait à dire à cette personne : " Si tu veux apprendre à craindre Dieu, n'oublie pas de faire la fête en le remerciant à chaque fois qu'il y a une occasion, une circonstance qui mérite d'être fêtée ".
Lorsqu'on demande généralement à utiliser une Eglise il est souvent question d'une " utilisation qui sied au lieu ". On peut même voir des écriteaux dans le même esprit dans les Eglises qui sont visitées. Parce que l'Eglise doit seulement être un lieu de silence, de prière, de recueillement. Je suis tout à fait d'accord avec ça. Mais l'Eglise ne devrait-elle pas être aussi un lieu ou des fêtes sont organisées. Les Israélites devaient aller " au lieu que Dieu choisira pour y faire demeurer son nom " (v.23). Au temple ! C'est là le lieu de la fête.
Même si on habite trop loin : " Tu ne peux pas amener ton bétail, ton vin etc. Ok, vends toute ta dîme, pars avec l'argent, et lorsque tu seras au temple, alors tu achèteras tout ce que tu aimes. Pas une nourriture spéciale, codifiée. Non ! Ce que tu aimes ! Et là manges et réjouis-toi ".
Et... n'oublies pas ton pasteur ! (le lévite de service- j'aime ce verset !)
Dans la célébration nous nous rappelons continuellement que nous dépendons de Dieu. Nous dépendons d'un Dieu bon et généreux.
Comme le dit Dallas Willard : " L'esprit de la célébration ne sera pas en nous jusqu'à ce que nous ayons appris a ne nous inquiéter de rien. Et nous ne serons jamais sans le soucis des choses, tant que nous ne ferons pas confiance à Dieu " (The spirit of the disciplines).

* La discipline de la célébration nous apprends à célébrer la vie que Dieu donne.
L'homme moderne, peut-être encore plus qu'autrefois court le risque d'enfermer sa vie dans le travail utile et le calcul rationnel et d'oublier la joie de la célébration de la vie. La vie que Dieu donne est digne d'être célébré. La vie que Dieu donne est un cadeau, un bon cadeau. Et la volonté de Dieu c'est que nous jouissions de la vie.
D'ailleurs la première chose que nous faisons aujourd'hui, c'est que nous payons nos factures, nous répondons à toutes les obligations, les contraintes... ! C'est bien. Mais nous risquons d'oublier que la vie est d'abord une chose que l'on célèbre. Sans doute est-ce ce qui explique l'inflation des loisirs dans un monde moderne si stressant, étouffant. Les loisirs remplacent la célébration, ou peut-être que la vie de tous les jours ne nous apparaît pas comme quelque chose qui mérite d'être célébré ?
La volonté première de Dieu est que nous jouissions de la vie, et que nous en jouissions d'autant plus que nous pouvons couronner cette jouissance d'un grand merci. C'est Augustin qui disait : " Le chrétien devrait être un alléluia

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